Les Tshokwe

Qui sont les Tshokwe? Dans quels espaces géopolitiques vivent-ils? Où circulent-ils? Quelle est l'histoire de leur migration et de leurs apports politiques et sociaux? Quelle organisation sociale ont-ils bâtie? Quelles spiritualités les animent? Comment peuvent-ils se profiler à l'avenir dans une République Démocratique du Congo en voie de décentralisation et de reconstruction provinciale?

Voici quelques questions fondamentales que de nombreux Tshokwe se posent et auxquelles le site mutambi.org essaiera de répondre. Car le Peuple Tshokwe est assez mal connu à cause de la construction d'une histoire par la colonisation et renforcée hélas par les réalités vécues au quotidien depuis l'époque coloniale jusqu'à nos jours.

Origines

Diverses sources renseignent que les Tshokwe sont une population répartie entre le nord de l'Angola, le nord-est du Zimbabwe, le sud de la République Démocratique du Congo et le nord-ouest de la Zambie.

Ils appartiennent à un ensemble linguistique constitué de la plupart des populations de l'Afrique subsaharienne appelées les bantous.

Les bantous ont occupé, dans un premier temps, la région du Sahara, en Afrique du nord. Le desséchement de cette région déclencha les grandes migrations du Niger et de l'Oubangui vers l'Afrique australe.

En ce qui concerne les Tshokwe, ce mouvement migratoire va les amener à s'installer aux sources de grandes rivières qui traversent une partie de l'Angola et de la République Démocratique du Congo.

Il s'agit, de l'est à l'ouest, des rivières Kasaï, Lwatshimu (Lwongatshimu), Tshikapa, Lwange, Lowva, Lulua, Lushiku, Kwilu, Lubale, Lutshima, Kwengo, Wamba et Kwango.

Dans son manuscrit: La Grande Nation des Tshokwe et sa Dynastie, Ambroise MUHUNGA soutient: «Nos parents nous racontaient qu'ils venaient du nord-est, d'un lieu qu'ils appelaient Lagos; puis, ils émigrèrent vers le nord-ouest, vers ce que nous nommons aujourd'hui Angola. Ils s'installèrent dans un lieu appelé Lukulwe».

En comparaison avec d'autres peuples, les Tshokwe sont d'excellents chasseurs, pêcheurs et agriculteurs de même que de très vaillants guerriers, ce qui explique le fait qu'ils occupent une bonne partie de l'Afrique subsaharienne.

Miller J. C. confirme dans son livre «Cokwe expansion 1850 -1900» que le Peuple Tshokwe est l'un des cas rares dans l'histoire des peuples d'Afrique qui ait connu, en l'espace d'un demi-siècle, une spectaculaire expansion.

Cette expansion se justifie aisément par une structure et une organisation sociales remarquables qui reposaient sur trois facteurs, à savoir:

  1. la parenté «usoko» avec, comme socle, la femme qui est le liant de la lignée;
  2. l'amitié «usendo» qui, une fois scellée, s'apparente aux solides liens de parenté;
  3. l'assimilation par l'affranchissement des esclaves «kukula tsha tubindji ou ndhungo» et l'acculturation des peuples qu'ils phagocytaient (tshokweisation) à travers le mariage, toujours avec, comme socle, la femme.

Langue

Bien que séparés dans des pays distincts par le fait colonial, les Tshokwe constituent un seul et même peuple parlant une langue commune appelée «Utshokwe» avec de très légères variantes selon les pays où ils vivent depuis des lustres.

Selon A. COUPEZ, «le Cokwe est une langue africaine traditionnelle du groupe bantou portant le N° IA5D de la classification linguistique, de la branche Niger-Congo, de la famille I-Congo-Kordofan parlée en Angola, en Zambie et en République Démocratique du Congo (dans les territoires de Sandoa, Dilolo, Kapanga, Tshikapa, Kahemba et Kasongo-Lunda respectivement dans les provinces du Katanga pour les trois premiers territoires, du Kasaï Occidental pour le quatrième et du Bandundu pour les deux derniers)».

Son importance n'est pas à démontrer pour la simple et bonne raison que le Tshokwe compte parmi les premières langues locales dans lesquelles la Bible a été traduite en République Démocratique du Congo. Il s'agit de: Lingala, Bangala, Kikongo, Kituba, Kitiene, Ghipenge, Chokwe, Ngbaka, Ngbandi, Mbanja, Lomongo, Zande, Swahili, Ebembe, Mashi, Kinandi, Uruund, Kanyok, Otetela, Tshiluba et Kiluba.

Anthropologie

Les Tshokwe de la Lunda (Il ne s'agit pas de la tribu Lunda mais de la Région Lunda de l'Angola) constituent un groupe anthropologique fort homogène, qui «doit être considéré comme résultant d'un type nègre influencé par le type pygmoïde» (J.H. Santos David, 1955:309).

Parmi les peuples du sud de l'Angola, entre le Kwanza et la Lwena (Lwena, Lwimbi, Lutshazi, Ovimbundu, Mbwela et Tshokwe), le type Tshokwe, lorsqu'il est pur, se distingue facilement (Fonseca Cardoso 1919: 12-13).

De stature élevée ou du moins au-dessus de la moyenne (1m70); le buste, bien posé sur les épaules larges, est parfaitement en tronc de cône; les épaules sont larges, la ceinture est fine.

Le visage est allongé (contrairement à celui des Lwena qui est large et court) avec les pommettes accusées. Le nez est aplati et les narines pas très grosses; quelques nez ont le dos convexe et les narines larges, résultat évident d'un métissage avec les éthiopiens. La peau est de couleur brique et se distingue de celle (chocolat) des Lwena et des Lutshazi. Elle correspond aux numéros 28 et 30 de l'échelle de Broca.

Les Tshokwe disent distinguer deux nuances de peau dans leur groupe ethnique: brun noirâtre, mutu wa cindu mula et brun clair ou jaunâtre, mutu mwelu.

Localization

L'expansion évoquée ci-haut explique le fait que les Tshokwe se retrouvent dans plusieurs pays d'Afrique, plus particulièrement en Angola et en République Démocratique du Congo (voir carte en annexe).

République Démocratique du Congo

En République Démocratique du Congo, les Tshokwe habitent dans les provinces du Bandundu, du Kasaï Occidental et du Katanga.

Cet éparpillement géographique explique le fait que le Peuple Tshokwe a seize voisins, à savoir: les Babindji, Bambala, Biombo, Kete, Kuba, Lele, Luluwa, Lunda, Luvale, Lwena, Minungu, Ndembu, Ndekese, Nkutshu, Pende et Salampasu; ce qui est une situation exceptionnelle.

Bandundu

Au Bandundu, les Tshokwe sont dans les territoires de Feshi, Kahemba et Kasongo - Lunda.

Bien qu'ils habitent dans les trois territoires, l'unique chefferie qu'ils ont est celle de Mwamushiko située dans le territoire de Kahemba.

Kasaï Occidental

Dans le Kasaï-Occidental, les Tshokwe habitent les territoires d'Ilebo et de Tshikapa.

A Ilebo, ils ont deux chefferies: Kayita Katembo Supu Lya Muhanda et Mwamba Mwaila.

Quant à Tshikapa, ils ont aussi deux chefferies: Bumba Tshumba Mukhwanbjamga et Tshinota Mwakolongo.

Katanga

Au Katanga, les Tshokwe occupent principalement les territoires de Dilolo, Kapanga et Sandoa.

En outre, ils sont également nombreux dans les villes et leurs faubourgs ainsi qu'aux abords des principaux axes routiers.

A Dilolo, les Tshokwe occupent majoritairement les chefferies Ndhumba, Muyeye, Mwakandala, Saluseke et Tshisenge.

A Kapanga, territoire qui n'a qu'une seule chefferie, les Tshokwe habitent dans un bon nombre de groupements.

A Sandoa, ils sont majoritaires dans toutes les chefferies, à savoir: Bako, Lumanga, Kayembe - Mukulu, Muteba, Samutoma (Mwatshisenge), Sakundundu, Tshibamba et Tshipao.

Afrique

Après les accords de Berlin, les Tshokwe se retrouvent répartis entre trois Etats: l'Angola, le Congo-Kinshasa et la Rhodésie du Nord (la Zambie actuelle) .

A ce sujet, Ambroise MUHUNGA soutient «qu'en Rhodésie du Nord, on trouve des Tshokwe dans les territoires suivants: Malvale, Tshavuma, Kabompo, Mankoya, Mungwe, dans la province de Lusaka.

En Angola, les Tshokwe vivent dans trois provinces: Malange, Luso (Silva-Porto) et Benguela ainsi qu'à St-Paul de Loanda et Huile. Ils ont intégralement conservé notre langue et notre coutume Tshokwe.

Cette extension, sur différentes provinces et divers districts de trois colonies, prouve que les Tshokwe constituent, au centre de l'Afrique, non une tribu, mais une nation».

MUTAMBI «www.mutambi.org» offre l'opportunité aux Tshokwe disséminés à travers le monde de se signaler afin que la localisation de notre peuple, particulièrement en Afrique, soit connue avec certitude.

Démographie

Selon le Dictionnaire Universel, édition 1995, les Tshokwe sont une population d'environ 1.300.000 personnes réparties entre le nord de l'Angola, le sud de la République Démocratique du Congo et la Zambie.

Faute des statistiques fiables et actualisées, il est difficile d'avancer des chiffres plus ou moins exacts.

Toutefois, selon l'étude de Mr Patrick CLAES , proportionnellement à la population de la République Démocratique du Congo de 1989, les Tshokwe occupaient la 5ième place après les:

  1. Baluba du Kasaï Oriental;
  2. Lulua du Kasaï Occidental;
  3. Luba du Katanga;
  4. Banande du Nord-Kivu.

Vie sociale

Les Tshokwe sont matrilinéaires du fait que le mode de filiation est fondé sur la mère car, la femme est non seulement le socle de la famille, mais surtout la détentrice du pouvoir coutumier consacré par le mariage entre les cousins croisés.

Le système social Tshokwe est caractérisé par la sociabilité autant que par l'individualisme.

Sociables ou communautaristes parce que les Tshokwe partagent avec leurs voisins et/ou visiteurs les fruits de la chasse, de la récolte, de la pêche, de la cueillette; bref, le fruit de leur travail.

Enfin, individualistes du fait que les Tshokwe s'expriment au moyen de ce qu'ils possèdent de personnel. Cet atout explique aussi la richesse de leur culture, entendue comme capacité d'adaptation à la nature.

Cette réalité, qui parait paradoxale, cache une dualité qui, du reste, est normale dans leur comportement.

En conséquence, le Tshokwe d'aujourd'hui doit comprendre qu'il est nécessaire de gérer cette particularité caractérielle avec les contraintes nouvelles de la vie moderne des sociétés pluriculturelles.

Sinon, perçu en d'autres temps et lieux comme qualité, cet individualisme risque de lui être préjudiciable aujourd'hui.

Habitat

Il est utile de faire remarquer que la construction et l'environnement dans lequel les Tshokwe vivent font partie de leur art.

Les villages Dilolo et Sandoa

Les villages Dilolo et Sandoa

En effet, la plupart de leurs villages ont une structure pareille à celle des centres urbains (la ville) en ce sens que les rues y sont tracées suivant la logique que l'on retrouve dans les cités occidentales.

Les maisons d'habitation sont généralement spacieuses et fonctionnelles car, elles sont séparées de la cuisine, du grenier et des toilettes; ce qui, généralement, n'est pas le cas chez bien d'autres peuples, dont les huttes sont des fourre-tout qui accueillent, à la nuit tombée, aussi bien les humains que leur petit bétail. Les parcelles sont soigneusement clôturées par de belles haies fleuries.

Medicine

Les Tshokwe ont la réputation d'être de bons guérisseurs (mbuki). Marie-Louise Bastin constate que le mbuki est un personnage moins important que le tahi (devin). Il connaît les remèdes (yitumbo) naturels ou magiques, parfois efficaces: matières végétales, animales ou minérales, amulettes, statuettes modelées ou taillées en bois, ainsi que les rites de dépossession.

Pour les maladies et les accidents simples qui n'ont apparemment aucune cause surnaturelle, on s'adresse au médecin. S'il ne décèle pas la cause du mal, il envoie son patient consulté le devin, après lui avoir remis comme talisman le ngombo kali ha mufumvu, symbolisé par un cauris que le malade portera au cou pour apaiser l'esprit présumé mécontent.

Religion

Le Tshokwe croit à un être suprême et à des esprits.

Etre suprême

L'être suprême est actuellement désigné indistinctement par Kalunga ou Nzambi. Il est invoqué dans les prières mais aucun culte particulier ne lui est rendu, aucune effigie ne lui est consacrée.

Esprits et forces

Les esprits et forces sont les mahamba, esprits des ancêtres et de la nature, qui peuplent et jouent le rôle d'intermédiaires entre le dieu créateur et les hommes. Ils sont représentés par des arbres, des poteaux sculptés, des morceaux de termitières, des symboles ou des figurines de terre ou de bois, nommées elles aussi mahamba.

Des sacrifices et des dons alimentaires leur sont régulièrement offerts par les héritiers du culte.

Il existe quatre types de mahamba:

  1. Mukala, esprits rebelles ou maléfiques masculins qui hantent les chasseurs;
  2. Safunda ou Batuka, esprits rebelles de divination qui sont combattus par invocation pendant que les victimes portent des habits blancs et qu'on leur applique, sur le corps, du caolin blanc et/ou rouge;
  3. Khula ou Thulemba, d'origine Lunda, esprits qui jettent le mauvais sort sur les femmes qui deviennent stériles, accouchent de mort-nés, avortent à répétition ou encore font des cauchemars, etc.;
  4. Salujinga, d'origine Minungu (esprits qui combattent également la fécondité).

Divination

La divination est comptée parmi les faits qui ponctuent la vie des Tshokwe.

Le devin, tahi (jamais une femme), notable souvent à la tête de son propre village, peut porter la coiffure sala, en principe réservée aux guerriers. Son art est lucratif.

Appelé ou consulté en diverses circonstances (maladie, accident, mort, stérilité, impuissance, chasse malchanceuse, mauvais présage, possession, vol, calamité publique, etc.), le devin décèlera les causes, éclairera les faits du passé; ce sont des conseils plutôt que des prévisions qui lui sont demandés.

Système de communication et

d'information

Le système de communication et d'information du Peuple Tshokwe a deux formes: verbale et instrumentale.

Communication et information verbales

Les Tshokwe communiquent et s'informent dans le Tshota, qui est une paillote, construite généralement au milieu du village ou à un endroit stratégique dans lequel se réunissent les adultes pour partager la nourriture, les expériences et les nouvelles d'une part et accueillir les visiteurs ou étrangers, d'autres part. Il sert aussi de tribunal pour le jugement de toute sorte de différends et palabres.

Il s'agit en fait d'une école de la vie où s'acquièrent la sagesse, la connaissance, le savoir-vivre; bref, la culture car c'est là que l'on apprend beaucoup de choses, notamment les contes, les énigmes, les paraboles, les proverbes et dictons que les Tshokwe appellent yishimo, langage symbolique et très expressif pour expliciter un problème ou présenter une situation en image afin de la rendre vivante et plus accessible.

Communication et information instrumentales

L'instrument musical de communication et d'information chez les Tshokwe est le Tshikhuvu ou Tshinguvu.

Il est le moyen de communication et d'information par excellence qui, selon le rythme, rend les honneurs au chef, alerte la population d'un danger (attaque ennemie, guerre, etc.), invite la communauté à répondre aux besoins et exigences des villages (chasse, feu de brousse, informations urgentes, etc.).

Commerce

Elikia M'bokolo présente les Tshokwe comme une société égalitaire de chasseurs réputés et d'habiles forgerons, vivant au centre de l'Angola, près des carrefours et des routes du commerce négrier, mais sans participer à celui-ci. Le déclin de la traite leur donna l'occasion d'y prendre part activement comme fournisseurs d'ivoire, de cire et de caoutchouc en échange d'armes à feu.

L'épuisement des ressources locales de chasse et de cueillette ainsi que la détention de puissantes armes à feu entrainèrent des mouvements migratoires irréversibles, notamment vers le nord et l'est, autant que des interventions directes dans les affaires politiques des Etas Lunda et Luba à partir de 1874.

Il se fait malheureusement que le Tshokwe d'aujourd'hui est loin de ressembler à ses ancêtres, à la fois intelligents et entreprenants. Quel dommage !!!!

Fonte du fer

Sans informer le lecteur de la fonte du fer qui permettait aux Tshokwe de fabriquer leurs outils de la chasse, de l'agriculture aussi bien que leurs armes de guerre, la présentation de ce Peuple serait incomplète.

Muhunga décrit dans son livre comment les Tshokwe faisaient la fonte du fer.

«Après avoir procédé au Lutengo, les Tshokwe vont chercher du minerai (ndenga) au gisement Tshindenga. Ils préparent du charbon de bois qu'ils mélangent au minerai (ndenga), puis mettent le tout au feu.

Du matin à 5 heures du soir, ils entretiennent le feu à l'aide de deux grands soufflets et obtiennent ainsi le fer «wutale» avec lequel ils fabriquent les objets ci-dessous:

Poko

Poko, le couteau

  1. Couteau (poko);
  2. Hache (ndjimbu);
  3. Houe (temo);
  4. Mumba (petite lance);
  5. Kweya (grande lance);
  6. Kawulu (petit marteau);
  7. Mweto (grand marteau);
  8. Shiki (enclume);
  9. Machette (tshindjangu);
  10. Tshimbuya (hache royale);
  11. Nayitala (Epée royale) etc.»

Culture

La culture Tshokwe est très riche. Elle se manifeste par un grand savoir illustré, entre autres, par des proverbes valables jusqu'aujourd'hui autant que par des techniques à la hauteur de leur époque. La diversité des rites et cérémonies ainsi que celle des chants et danses qui y correspondent traduisent également la richesse de cette culture.

Rites et cérémonies

La vie des Tshokwe est ponctuée par des cérémonies et rites appropriés (mariage, nouvelle et pleine lune, naissances, funérailles, ouverture et clôture des rites d'initiation, divination, etc.). C'est notamment le cas de:

La mascarade Makishi

La mascarade Makishi

  1. Mukanda ou Tshavula, initiation des garçons, qui est une véritable école de la vie où ils ont la formation complète d'un homme, étant donné qu'on lui apprend la pêche, la chasse, la construction d'une maison, la danse, la cuisine, la sagesse et la morale.
  2. Tshiwimbi ou Tshiwila, initiation des jeunes filles, à l'instar du Mukanda pour les garçons;
  3. Wali, cérémonie de la nubilité de la jeune fille au cours de laquelle la famille du mari prend et emmène la jeune mariée chez elle. Le lendemain, la famille de la jeune mariée va alors «kumukwatshisa ku majiko» en lui apportant tous les ustensiles de cuisine dont une femme a besoin, en allumant le feu et en préparant son tout premier repas chez elle, dans sa nouvelle maison;
  4. Uyanga, cérémonie des chasseurs qui invoquent les ancêtres pour leur protection et le succès de leur mission;
  5. Zemba, initiation mystique et ésotérique de certains adultes courageux, audacieux, loyaux et responsables à l'endurance pour leur permettre d'affronter n'importe quelle difficulté de la vie afin de protéger leurs villages, clans et familles;
  6. Mungonge, rite de la commémoration de la joie pour avoir atteint un objectif ultime (gagner une guerre, remporter une victoire de quelque nature qu'elle soit). C'est un rite secret masculin;
  7. Musheta ou munema, cérémonie funéraire qui a lieu, devant la maison du défunt, à la levée de la dépouille mortelle et après l'enterrement;
  8. Ngombo, divination, en se servant d'un panier de devin, pour expliquer une situation (maladie ou échec quelconque) et prédire l'avenir;
  9. Mahamba, invocation des esprits des ancêtres, par des formules de conjuration, pour gratifier les bons et chasser les mauvais. Il existe quatre type de Mahamba: Mukala (esprits rebelles ou maléfiques masculins qui hantent les chasseurs), Safunda ou Batuka (esprits rebelles de divination qui sont combattus par invocation pendant que les victimes portent des habits blancs et qu'on leur applique, sur le corps, du caolin blanc et/ou rouge), Khula ou Thulemba d'origine Lunda (esprits qui jettent le mauvais sort sur les femmes qui deviennent stériles, accouchent de mort-nés, avortent à répétition ou encore font des cauchemars, etc.) et Salujinga d'origine Minungu (esprits qui combattent également la fécondité).

Musique

L'exposé ci-dessous s'inspire de Barbara SCHMIDT-WRENGER qui avait fait, en 1973, une étude remarquable sur la musique Tshokwe dont une brochure publiée ad hoc est en vente, au Musée Royal d'Afrique Centrale de Tervuren, avec un disque (33 tours) reprenant les chants enregistrés durant son séjour à Samutoma (Mwatshisenge), Sakundundu, Mbako et Muteba dans le territoire de Sandoa.

Chants

Le Tshokwe est un musicien par excellence car il compose des chants qu'il adapte aux circonstances et rythmes que lui inspire l'environnement; ce qui fait qu'il dispose de toutes sortes d'instruments musicaux. Cela explique également le fait que ses chants correspondent aux diverses cérémonies et circonstances de la vie.

Partant, ils sont catégorisés en chants de danses populaires, des occasions particulières et de musique solo.

Chants des danses populaires

Les chants des danses populaires correspondent aux: Tshiyanda, Tshisela, Mayenge, Moyo, Kalukuta, Kananda, Malinga, Tshihongo et masques.

Chants des occasions particulières

Il existe trois types de chants des occasions particulières:

  1. Chants des rites et cérémonies, Ces chants se rapportent aux rites et cérémonies énumérés ci-haut (dont le Musheta, chant funèbre) auxquels s'ajoutent ceux du mariage (Wulo) et de la berceuse (Ndeji).
  2. Chants réservés à Mwene Mwatshisenge
    • Kulenga tsha Mwata (ou Miaso ya kulengesa Mwatha), chants de louange en l'honneur du Chef, dont le texte décrit les qualités émérites du Chef, les insignes de son pouvoir et de sa dignité;
    • Mufuka ya Mwatshisenge, étroitement lié à la tradition, avec pour thème, le Mufuka (chasse- mouches) en poils d'une antilope appelée Tengu que Mwene agite lorsqu'il est dans le Tshipoyi, la célèbre chaise à porteurs des souverains Tshokwe.
    Ces chants ne sont pas à danser, c'est pourquoi ils s'exécutent avec battements des mains et parfois avec des coups de feu, sans accompagnement musical.
  3. Chants de guerre, Ces chants sont exécutés avant le combat pour stimuler l'ardeur des guerriers, d'une part, et, d'autre part, pendant la guerre, pour exprimer, au village, l'état d'esprit de ceux qui participent ou non aux combats.

Chants de la musique solo

Il existe également une musique en solo exécutée par des chanteurs à l'aide de deux instruments: Tshisaji et Ndjimba.

Danses

La musique tient une place importance dans la vie de Tshokwe.

Les Tshokwe ont des danses très variées correspondant aux circonstances et rites divers évoqués ci-dessus.

De ce fait, il en existe trois catégories: les danses populaires ou des fêtes et celles des occasions particulières. Généralement, toutes sont collectives.

Danses populaires ou des fêtes

Les danses populaires sont:

  1. Tshiyanda, grande danse de fête traditionnelle exécutée par les femmes au rythme des tam-tams joués exclusivement par les hommes. Cette danse a deux variantes rythmiques respectivement appelées Kashinga et Katshota.
  2. Tshisela, danse consacrée aux différentes étapes du Mukanda (préparatifs, ouverture, évolution et clôture). Elle se différencie de la danse Tshiyanda par le rythme et se caractérise par l'emploi des hochets de chevilles, les Tshotsha, faits de gousses de fruits liées en forme d'anneaux et que les femmes portent aux deux chevilles.
  3. Mayenge, danse mixte (hommes et femmes);
  4. Moyo, danse mixte (hommes et femmes);
  5. Kalukuta, danse mixte (hommes et femmes);
  6. Kananda ou Kandowa, danse mixte (jeunes filles et garçons). Il est à noter que les quatre danses ci-dessus ne s'accompagnent que de battements des mains.
  7. Malinga, danse mixte, à l'occidentale, qui s'exécute avec l'accordéon;
  8. Tshihongo, danse exhibée par un masque portant le même nom;
  9. Mukishi, au singulier, et Akishi, au pluriel, danse exhibée, devant le public, par un ou plusieurs masques dont les plus célèbres sont notamment Wotsha luba, Mushilindjindi ou Malumba et Khanga;
  10. Thundandji (les garçons circoncis) exhibent les danses apprises au camp d'initiation, à leur retour au village. Il s'agit là d'une très grande fête populaire où rien n'est laissé au hasard.

Danses des occasions particulières

Chaque rite, cérémonie et circonstance ont des danses spécifiques que sont: Mukanda, Tshiwimbi, Wali, Uyanga, Zemba, Mungonge, Musheta, Ngombo et Mahamba.

Ainsi, par exemple, que la danse de Uyanga est une danse de la caste des chasseurs, exécutée après une chasse fructueuse en signe de gratitude et en hommage aux esprits de la chasse. Ainsi, sous forme de pantomime, elle représente la chasse ainsi que la mise à mort du gibier.

Instruments

Ci-dessous sont repris les instruments de musique et de danses:

  1. Ngoma (tam-tam), tambours à membrane qui se jouent en batterie de cinq (principal groupe de percussion qui forme l'armature sonore), dont ngoma ya shina (le tam-tam central qui rythme les danses et remplace le Tshikhuvu lorsque celui-ci fait défaut), appuyés par quatre autres, à savoir: ngoma ya mukhundhu, ngoma kavungi, ngoma ya kusasulwila et ngoma ya kasumbi;
  2. Tshikhuvu ou Tshinguvu, grand tambour à fente trapézoïdal (en bois massif taillé à l'intérieur d'un tronc d'arbre appelé Mupafwu) que l'on frappe de part et d'autre au moyen de deux mailloches (Mishipo);
  3. Mukupiela, tambour à double membrane essentiellement utilisé pour les danses et cérémonies royales;
  4. Ndjimba, grand xylophone courbe et à calebasses généralement composé de 17 touches;
  5. Tshisaji Kakolondondo, lamellophone à planches, muni d'une calebasse faisant fonction de caisse de résonnance;
  6. Tshisaji Mutshapata, lamellophone dont les lames sont fixées directement sur un bloc de bois évidé en forme de caisson servant de caisse de résonnance;
  7. Kalyalya, sorte de violon, instrument à corde que l'on joue près de la bouche dont l'ouverture et la fermeture en font varier les sons;
  8. Sangu, idiophones, hochets (à calebasse) des mains et des pieds de petite dimension;
  9. Tshotsha, hochets de chevilles et clochettes métalliques;
  10. Mikakaji ou Mikokolo, petits bâtons avec lesquels on frappe le bas d'un tambour pour donner et soutenir le rythme de base;
  11. Mishipo, baguettes en bois ayant, à leur extrémité supérieure, un renflement en caoutchouc et écorce, servant à battre le tambour Tshikhuvu;
  12. Khwita, tambour à membrane et à friction à manche;
  13. Mutshakaya, hochet des mains, de grandes dimensions, métallique ou à petites calebasses;
  14. Kasengosengo, aérophone, petite flûte utilisée à la chasse pour permettre aux chasseurs de communiquer entre eux;
  15. Muya, ceinture de danse des femmes et des masques garnie de bouts de bois ou de métal;
  16. Ngunda, trille aiguë des femmes à la fois expression de la joie des participantes et stimulant pour les musiciens et les danseurs;
  17. Yikuma, ajoutes improvisées faites de textes, servant de transition pour passer d'un chant à l'autre.

Instruments

Généralement chez les Tshokwe, chaque instrumentiste réputé possède une signature musicale originale par laquelle il commence ou termine son interprétation pour s'identifier en signant sa création, d'une part, et, d'autre part, tous les tambours à membrane se jouent à la main et sont réservés exclusivement aux hommes.

Art

L'art Tshokwe jouit d'un prestige tout à fait justifié. L'inscription au catalogue d'une vente d'un objet d'art Tshokwe est souvent un événement .

Cette particularité est due au fait que le Tshokwe est sensible au beau et donc à tout ce qui est fait impeccablement, attirant autant par sa beauté que par son utilité. C'est pour cette raison que son art est riche et varié.

En effet, le Tshokwe est un artiste complet dont la production englobe tous les secteurs de la vie et témoigne d'un intense dynamisme intérieur.

Les œuvres d'art esquissent des gestes rares et se regroupent en véritables compositions décrivant de scènes vivantes de la vie quotidienne.

L'une des preuves tangibles est la place de choix qu'occupent ses objets et œuvres d'art au Musée Royal d'Afrique Centrale à Tervuren au Royaume de Belgique qui compte parmi les musts du Monde.

Scultpure

La sculpture Tshokwe est puissante et raffinée. Elle reflète les qualités d'un peuple intelligent et dynamique.

Au sujet de l'art Tshokwe, Muhunga renseigne que «les Tshokwe sont habiles à tailler le bois pour en faire des figurines (statuettes) à deux, trois ou quatre têtes appelées Kaponya, au singulier et Tuponya, au pluriel.

Voici les noms des articles fabriqués par nos sculpteurs et artisans:

  1. Tuponya, bois taillé;
  2. Panda, bois taillé en forme d'assiette profonde dans laquelle les hommes mangent leur nourriture;
  3. Pitho, porte en bois (naguère, les Tshokwe fabriquaient la porte);
  4. Yitwamo ya Khwasa nyi Zunu, nous avons deux sortes de sièges, d'une part, la chaise de table qui s'appelle «Khwasa», et, d'autre part, le fauteuil «Zunu»
  5. Tshikanga, natte tissée dont les Tshokwe se servent pour dormir;
  6. Lwalo, panier plat servant à vanner (tissage dans lequel les femmes conservent la farine);
  7. Tshipaya: corbeilles destinées à la conservation de quelque chose;
  8. Chisoka cha nganda, petite corbeille, ornée de dessins, servant d'assiette;
  9. Musaka, espèce de corbeille en liane qui sert de bol;

Kafuko, espèce de corbeille en liane qui sert d'assiette.

Masques

A propos des masques, il existe deux types: les masques de danses ou des réjouissances populaires et ceux du Mukanda.

Masques Tshokwe

Masques des danses ou des réjouissances populaires

Pratiquement, tous les masques de danses sont des sculptures de très bonne qualité et minutieusement faites. Les plus connus sont:

  1. Mwanapwo, la monolisa Tshokwe de renommée internationale;
  2. Nalulele, qui symbolise aussi la jeune fille;
  3. Katoyo, l'équivalent masculin de la Mwanapwo qui, parfois, est envoyé pour annoncer, dans son village d'origine, le décès d'une femme mariée dans un autre village, en vue de prévenir toute action de représailles et dont le plus célèbre était Mushilindjindji;
  4. Ngulu qui symbolise le cochon;
  5. Nangue qui symbolise la pintade;
  6. Khanga qui symbolise la perdrix;
  7. Tshihongo qui a un accoutrement particulier;
  8. Tshinwawalwa qui symbolise le soulard;
  9. Mbongo ou Muyinda, un homme dont les jambes sont fixées sur des échasses d'au moins cinq mètres de haut et qui marche avec élégance.

Masques du Mukanda

Les masques du Mukanda sont de véritables chefs-d'œuvre fabriqués avec une attention particulière et dont la forme ainsi que les matériaux répondent à des critères spécifiques.

Ils sont hiérarchisés, selon leur rang et rôle. Il s'agit de:

  1. Tshikungu et Kasha, masques sacrés, symbole de la dynastie de Grands Chefs Tshokwe, à double visage (l'un devant et l'autre derrière), signe non seulement de vigilance, mais de violence et de clairvoyance qui caractérisent et qui doivent caractériser tout Grand Chef. Ils apparaissent uniquement lors de l'initiation des princes, plus précisément les fils et neveux de Mwene Mwatshisenge. A chacune de leurs apparitions, l'aîné (Tshikungu) égorge des chèvres avec une épée à double tranchant (Mukwale);
  2. Tshikuza ou Tshitenu (le méchant) qui préside le Mukanda;
  3. Kalelwa qui représente les ancêtres qui veillent sur la santé et le bien-être des initiés (thundandji);
  4. Katwa ou Mulimbula ou encore Ngondo qui pourvoit aux besoins alimentaires des initiés;
  5. Mulonga (problème), le méchant qui symbolise la force par rapport à tout danger venant du village et qui pourrait affecter les initiés. Il est muni d'un arc-à-flèches sans pointe (Mukhondji) et il est toujours accompagné du masque Sawalingula qui le tient par la main et veille à ce qu'il ne s'attaque pas aux personnes. Il lui arrive de danser aussi devant les femmes;
  6. Tshihewu ou Sawajila ou encore Tshindombe qui annonce l'arrivée d'autres masques de rang supérieur, amuse les mères des initiés et leur donne en termes voilés les nouvelles de leurs enfants qui sont au camp d'initiation (Mukanda).

Masque de guerre

L'histoire rapporte que dans le temps, les Tshokwe avaient un redoutable masque dénommé Tshitelela.

Il pouvait voler comme un avion grâce à la sorcellerie et avait pour mission de rapatrier les Tshokwe pris en otage, en esclavage ou captivité en terres étrangères. Il était très méchant et extrêmement dangereux car, le coût de chacun de ses décollages et atterrissages équivalait des pertes en vie humaine. Sa demeure, c'est le camp de Zemba.

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Masques Tshokwe

Art corporel

Les Tshokwe ont un art corporel particulier caractérisé par les tatouages, la coiffure et les ornements de la tête.

Tatouages

L'art du tatoueur Tshokwe se distingue par l'élégance des dessins scarifiés et par l'aspect net discret des reliefs chéloïdiens provoqués .

Les tatouages se nomment yitoma si le dessin orne le corps et katoma s'il décore une statuette ou un objet.

Ils sont pratiqués, à partir de la puberté, par des spécialistes hommes et femmes.

Beaucoup de ces anciens signes de reconnaissances, rituels et symboliques n'ont plus de nos jours qu'un but décoratif et érotique.

Coiffure

La coiffure kambu (les cheveux), pluriel de lukambu est un autre élément important de la parure.

Autrefois, hommes et femmes portaient approximativement les mêmes.

Cette coquetterie ne se rencontre plus aujourd'hui que chez les femmes, les hommes ayant les cheveux taillés courts.

Ornements de la tête

Ornements de la tête des Tshokwe sont :

  1. l'épingle à cheveux, musako;
  2. le rang de perles, kabalo;
  3. le bandeau étroit, kaponde;
  4. les diadèmes, cipeya ou cypeya mutwe;
  5. le chapeau de cérémonie, mutwe wa kayanda;
  6. le plumet, sala.

A ces ornements de la tête s'ajoutent la couronne royale, Tshibangula, Ibangula au pluriel qui correspondent au rang et importance hiérarchique de chacun chef.

Politique

Moïse Léonard Jamfa Chiadjeu rapporte que vers la fin des années 1950, on note une émergence d'une conscience ethnique Tshokwe, de même qu'une tendance à la recomposition de l'espace.

Ce nationalisme est cristallisé par l'Association des Tshokwe du Congo, de l'Angola et de la Rhodésie «ATCAR», une formation politique fondée en 1956 et active dans la région du Katanga. A côté de l'ATCAR, une autre formation nationaliste Tshokwe a vu le jour vers les années 1960: le Partido Nation Africano «PNA»

Cette organisation politique a permis aux Tshokwe de jouer un rôle important à l'accession de la République Démocratique du Congo à l'Indépendance.

En effet, étant donné que ce sont les associations tribales qui firent fonction de partis politiques, faute d'initiation à la démocratie moderne fondée, entre autres, sur les groupements secondaires volontaires (partis politiques, en l'occurrence) et non sur ceux primaires (comme le sexe, la tribu et la race), Ambroise MUHUNGA, à l'instar d'autres leaders tribaux, créa donc l'ATCAR .

Au début, l'ATCAR fit partie de la Confédération des Associations tribales du Katanga, CONAKAT en sigle. Mais, dès que Moïse KAPENDA TSHOMBE, Président de ladite Confédération, fit sécession en proclamant l'indépendance du Katanga, l'ATCAR se désolidarisa des indépendantistes katangais et coalisa avec la BALUBAKAT, présidée par Jason SENDWE, et la Fédération des ressortissants de la province du Kasaï (FEDEKA en sigle) de Dominique KALONJI, pour former le Cartel Katangais Unitariste.

Il conviendrait de noter qu'en dehors des l'ABAKO (qui réunissait l'ensemble des tribus Kongo), seuls les Baluba du Katanga et les Tshokwe avaient des partis politiques.

C'est fort de ce Cartel que le Gouvernement Central de Léopoldville, sous le Président Joseph KASA-VUBU et le Premier Ministre Patrice - Emery LUMUMBA, aidé de l'ONUC, mit fin aux velléités sécessionnistes du Katanga.

Si donc la République Démocratique du Congo, de Joseph KASA-VUBU à Joseph KABILA, en passant par Joseph-Désiré MOBUTU et Laurent-Désiré KABILA comme Présidents, est restée unie, l'ATCAR avait efficacement apporté sa pierre à l'édifice quant à ce. Cela est donc à mettre, sans fausse modestie, à l'actif du Peuple Tshokwe respectueux de la légalité aussi bien en République Démocratique du Congo qu'en Angola et en Zambie.

Il se fait malheureusement que, de l'Indépendance à ce jour, ce Peuple n'a pratiquement pas tiré profit des retombées de ce rôle éminemment politique qui, pour d'autres, a rapporté de substantielles dividendes. A qui incombe cette lourde responsabilité d'échec? A chacun de répondre à cette pertinente question.

Cependant, il est clairement établi que, de part leur importance démographique, principalement en Angola et en république Démocratique du Congo, les Tshokwe représentent un important électorat.

Organisation coutumière

Le Peuple Tshokwe est organisé en riches et puissantes chefferies hiérarchiquement et extraordinairement structurées autour de la famille royale, dont les empereurs fondateurs sont les deux grands guerriers MWANDHUMBA et MWAKANYIKA.

Mwene Mwatshisenge

Mwene Mwatshisenge

C'est cette organisation qui permit aux Tshokwe d'envahir progressivement les autres peuples à qui ils imposèrent leur culture.

Ambroise MUHUNGA précise: «Ici au Congo Belge (République Démocratique du Congo), nous avons MWATSHISENGE SAMUTOMA, neveu de Mwandumba et Mwakanyika, qui est grand chef des Tshokwe et réside dans la province du Katanga où l'on compte en tout 5 chefs dont 4 investis et 1 non investi:

  1. MWATSHISENGE Samutoma, Grand Chef des Tshokwe résidant à Sandoa;
  2. MWATSHITANGA Sakundundu, Chef médaillé à Sandoa (Kafakumba);
  3. MWAKANDALA, Chef médaillé à Dilolo;
  4. TSHISENGE Sayenge, Chef médaillé à Dilolo;
  5. SAPINDJI, chef non investi, sous la directive de Mwatshisenge à Sandoa».

Muhunga rapporte toutes les grandes conquêtes des Tshokwe, sous l'autorité de Mwatshisenge, à la base de leur fulgurante expansion arrêtée par le colonisateur. C'est ainsi qu'il lui est dédié une célèbre chanson de guerre «Mwatshisenge eva mata ma linuma mu sango mwaya meya» (Mwatshisenge, écoute les coups de feu nourris en aval des cours d'eaux).

Mwatshisenge, couramment appelé Mwene, qui signifie être suprême, est le détenteur du bracelet royal appelé Lukhano.

Sa couronne royale est sur-plantée des plumes rouges d'une rare beauté de Kalongo (perroquet) qui symbolisent le Chef envahisseur, guerrier, combattant et vainqueur.

Il est l'unique à porter l'épée royale à double tranchant appelé Nayitala (symbole de la justice suprême) et à poser ses pieds, à la fois, sur les peaux du léopard et du lion (symboles de la férocité et de la puissance).

Chefs Tshokwe

Chefs Tshokwe

Au niveau des Provinces du Bandundu et du Kasaï-Occidental, le clan Usenge est représenté respectivement par Mwamushiko et Mbunga Thumba.

Il est enfin important de noter que le Tshokwe figure parmi les peuples exceptionnels qui non seulement ont résisté à la colonisation, mais ont surtout combattu l'homme blanc, en l'occurrence, le Belge puisqu'il avait des terres, des valeurs et une culture à défendre.

En effet, autant il est très respectueux de l'autorité établie à laquelle il se soumet dignement, autant il a la capacité de se rebeller face à la même autorité quand elle abuse de lui. C'est ce qui révèle sa force de caractère et son esprit d'indépendance; réalités vécues par les colonisateurs à qui il avait farouchement résisté.

Pour briser cet état d'esprit, le colonisateur a monté contre lui ses voisins qui, avec le temps et grâce à cette complicité, ont fini par sembler prendre de l'ascendance sur lui.

M'bokolo Elikia rapporte que vers l'année 1885, les Tshokwe avaient réussi à envahir les anciens Etats sans, cependant, se doter de structures propres quand intervint le partage de leur nouveau territoire entre les puissances coloniales.

Ainsi, les Tshokwe feraient partie de ces groupes dont la rencontre coloniale a arrêté la formation.
L'intérêt de l'évocation de ces faits est de montrer comment le découpage colonial structure la participation politique et la gouvernance au sein de l'Etat colonial d'abord, et postcolonial ensuite.

La preuve est donnée par Léon DUYSTERS qui écrit «après avoir fait œuvre assez discutable sur le plan scientifique, D BIEDUCK n'hésite pas à tirer des conclusions forts hâtives et peu solides sur le plan de la politique indigène. Son affirmation que nous n'avons pas su expliquer les institutions existantes des Aluunda, ni su tirer profit du complexe institutionnel qui les caractérisait, nous paraît fort contestable quand on se rappelle que les fonctionnaires belges ont restauré l'autorité des Mwata Yanvo sur la grande partie des territoires où elle s'exerce aujourd'hui et que c'est à leur intervention que les chefs luunda des Territoires de Sandoa et de Dilolo sont actuellement encore nommés et régis par le Mwata Yamvo et sa cour».

Il poursuit «mais, il nous est totalement impossible de suivre l'auteur lorsqu'il estime regrettable la constitution des Cokwe (Tutshokwe) en chefferies indépendantes. Si nous soumettions les Tutshokwe, qui jusqu'à l'arrivée des belges (1905-1910) étaient indépendants et encore maîtres de la presque totalité des territoires de Sandoa et de Dilolo, aux Aluunda, nous commettrions une injustice et une très grave faute politique».

Mwene Mwatshisenge

Mwene Mwatshisenge

En effet, dans le but de structurer administrativement l'Etat Indépendant du Congo, l'autorité coloniale signa, en date du 02 mai 1910, un décret organisant territorialement le District du Lulua-Kasaï.

En fait, ce décret divisait le grand espace Tshokwe en sous-chefferies relevant du Chef Mwant YAV.

Voilà pourquoi les Tshokwe, victimes de cet acte juridique, contestent toujours la suprématie Lunda sur eux et accusent cette autorité coloniale d'avoir favorisé celle-ci à leurs dépens puisque n'ayant jamais été en état de soumission envers qui que ce soit avant l'arrivée du colonisateur.

En outre, les enjeux coloniaux (diviser pour régner) ont conduit à la scission, en trois entités politiques, du grand et puissant Peuple Tshokwe, précipitant ainsi la diminution de son emprise réelle sur ses voisins.

A ce sujet, il est justement à noter que l'Afrique ayant été longtemps caractérisée par l'oralité, il est très difficile de remonter très loin dans le passé, de sorte que les quelques bribes de l'histoire africaine connues sont non seulement le fruit de celles recueillies des grands-parents et arrière-grands-parents, mais aussi et surtout des études menées et écrites pendant ladite colonisation.

D'où, la rupture avec le passé traditionnel provoquée brutalement par le colonialisme qui a faussé l'histoire africaine, en l'occurrence celle du Peuple Tshokwe, l'oralité africaine, avec ses faiblesses sur la mémoire, couvrant tous les aspects de l'existence .

Partant, des peuples jadis sous le joug Tshokwe, émancipés par la colonisation, se sont permis, à leur avantage, de fausser le cours de l'histoire.

De là, l'intérêt du livre La Grande Nation des Tshokwe et sa Dynastie de MUHUNGA Ambroise qui révèle des pans entiers de l'histoire authentique du Peuple Tshokwe que des tribus profito-situationnistes tentent vainement de cacher pour le besoin de la cause.

Cela est conforté par l'affirmation de certains chercheurs quand, par exemple, ils disent «bien sûr, cette coexistence indispensable entre le monde occidental et le monde africain aux conceptions et aux traditions différentes, parfois même contradictoires, a constitué, tant pour les individus que pour les groupements indigènes, un facteur de changements, de nouveautés, voir de bouleversements de tous genres.

Le dominé, placé sous tutelle au nom de la civilisation, s'est trouvé par le fait même tenu à accepter les idées du dominant et à accomplir ses ordres. Les séquelles de cet état de choses existent et existeront encore longtemps.

Dans ces quelques pages, nous nous sommes efforcés de voir comment la Belgique, au fil des différents décrets, a intégré l'empire Lunda dans son administration coloniale, sans pour autant avoir la prétention de décortiquer dans ses moindres détails un sujet aussi complexe et difficile. Nous avons tenté de faire ressortir certaines vicissitudes survenues dans ce groupement indigène et inhérentes à l'application des décisions du législateur colonial...

Notre seule prétention a été d'exposer en toute objectivité ce qui est et non ce qui devait être ».

Evénements

The de doctorat: Felix Ulombe Kaputu, 19 avril 2017, VUB, Bruxelles

Nouveautés Mutuelle Tshokwe

 

 

 

 

Le

Saviez-vous que les Tshokwe sont aussi en Zambie. Dans une recherche en cours, le professeur F. Kaputu est parti à leur rencontre! Admirez photos et danses.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-bas Powerpoint professeur De Saint Moulin

Tshokwe_PP

Ci-bas un PP de Felix Kaputu

Conference Art Chokwe et Culture

 

Forum de Tshikapa

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SOUS LE HAUT PATRONAGE  DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE MINISTRE DE LA CULTURE ET ARTS

LA MUTUELLE TSHOKWE
ORGANISE
UN SYMPOSIUM INTERNATIONAL
TSHIKAPA, 01-05juillet 2015

SOUS LE THEME : HISTOIRE, ART ET CULTURE DU PEUPLE TSHOKWE

  • ARGUMENT

Les TSHOKWE sont repartis dans plusieurs pays : Angola, Zimbabwe, Mozambique, Namibie, Zambie et République Démocratique du Congo. Dans ce dernier pays, on les rencontre au Katanga dans les territoires de Dilolo, Sandoa et Kapanga, au Kasaï – Occidental dans les territoires de Tshikapa et d’Ilebo et au Bandundu dans les territoires de Feshi, Kahemba et Kasongo-Lunda.
Ce symposium cherche à restituer la vérité et  à reconstituer l’histoire du Peuple TSHOKWE dont le statutaire a fait le tour du monde et derrière les œuvres d’art exécutées avec tant d’ingéniosité se cachait un Grand Peuple à la mesure de l’œuvre ; intelligent, ingénieux, astucieux, et même baignant dans les profondeurs des eaux de la culture africaine.Le Peuple TSHOKWE, dont l’histoire  a été biaisée, falsifiée, le patrimoine artistique et culturel spolié, reste fâcheusement méconnue.
Il en découle l’urgence et la pertinence d’une réflexion sur l’HISTOIRE, L’ART ET LA CULTURE DU PEUPLE TSHOKWEen vue de réveiller chez les jeunesla conscience TSHOKWE, la volonté à l’émancipation et à l’autodétermination ainsi qu’à la revalorisation de leurs propres valeurs culturelles.
En effet, le TSHOKWE traditionnel vivait, et vit encore aujourd’hui (face au TSHOKWE urbain), dans une certaine écologique qui l’a marqué, qui conti­nue à le marquer et qui est à la base de ses multiples actions et réactions vita­les : sa manière d’être, de se comporter, de réagir aux stimulation et im­pression qu’il reçoit et de modifier ces réaction, manière d’ être qui abou­tit à un tempérament, à une âme profondément originale, reflétés dans ses mœurs, ses croyances, son art, ses institutions et dans sa littérature orale.La société traditionnelle TSHOKWE est une société collectivisée et hiérarchisée en fonction de l’âge. Tout se tient et tous se tien­nent.

Les axes du symposium sont:

  • Histoire et Culture du peuple Tshokwe ;
  • Langue et littérature ;
  • Philosophie et sociologie Tshokwe ;
  • Cosmogonie Tshokwe ;
  • Art et sculpture ;
  • Musique et danses Tshokwe…

 

LE TEMPS DES REMISES EN QUESTION
Par SIMON KAYEMBE MALINDHA TSHIKUTA
Professeur à l’Université de Lubumbashi
simonmalindha@gmail.com
+243 99 365 99 99/ +243 82 365 99 99

 

SOMMES-NOUS PRETS A PRENDRE  NOTRE DESTINEE EN MAINS?

Je voudrais vous dire tout le plaisir que j’ai de participer à cette fête scientifique et culturellesur le grand peuple cokwe qui est si importante pour chacun de nous, et dont je mesure la fierté.
Ici, une nouvelle génération prête allégeance à la Nation cokwe et à la science.
Aimer et servir la Nation Cokwe, cela n’est pas seulement être digne de l’héritage qui nous a été transmis, c’est aussi être conscient que l’avenir de chacun d’entre nous dépend de notre capacité à nous inscrire dans une destinée commune.

 Puisque, de tous les orateurs, je suis le premier à parler, j’assume donc les devoirs particuliers et sans doute multiples de ma première position. Je suis cokwe, fier de l’être particulièrement en ce début du 21è siècle où le multimédias me relient au monde entier.
Au nom de tous, j’adresse à chacun les vœux d’usage dans cette période ! Qu’ils soient un message de solidarité. D’abord, à ceux qui sont dans les difficultés de l’existence par le fait d’être Cokwe. Ensuite, à tous ceux qui sont à cette heure dans les épreuves de luttes, à ceux qui affrontent la répression, à ceux qui se dévouent pour la cause cokwe, militants pour l’émergence, cohorte au crane dur, têtes indociles qui ne se laissent pas faire quelles que soient leurs épreuves, leurs distances, qu’ils soient assurés qu’il y a une chose qu’on ne peut pas leur enlever : ils sont cokwe à jamais et avec eux nous prenons notre destinée en mains.
Avec les gens de monpeuple, j’ai pu constater que nous nous épuisions, voire coulions, submergés par l’accélération des signaux négatifs, des messages de détresse, des offres piégés. Leur prolifération incontrôlable nous laisse tels des dinosaures paralysés sous le poids de ce harcèlement, nous procurant au mieux une (fausse) sensation d’omniscience, au pire une (réelle) sensation de satiété, proche de la nausée.
La nostalgie n’est pas mon propos. Demain est une aventure qui se rêve aujourd’hui, une découverte renouvelée pour autant que l’on ne s’inscrive pas dans le sens fatidique de la tendance et de son excès.
Certes, il est indispensable de rêver. Mais le rêve doit susciter le désir. Nombreux sont ceux qui proposent ce désir, mais souvent sans passer à l’acte. Ainsi qu’en témoignent plusieurs discours déjà entendus et plusieurs promesses non tenues.
Pour ne pas abuser de votre temps, mon propos de ce jour est articulé en un seul point qui est le temps des remises en question.
Compte tenu de la nécessité de la mutation à l’émergence du Peuple Cokwe, nous devons unanimement avoir la lucidité et le courage de déclarer ces moments douloureux comme étant le temps des remises en question. Mais ces « moments douloureux » que nous vivons doivent être analysés pour en tirer les leçons devant nous aider à préparer un avenir meilleur, à construire un nouveau cercle sur les ruines laissées par des années de décadence, de mégestionet d’oubli total de notre peuple.
Dans ce sens, mon propos donne le ton d’une vision où le sens des réalités vécues laisse toujours transparaître une espérance robuste, fondée sur notre foi dans la capacité des hommes anciens et nouveaux à se remettre en question, à se corriger, à rectifier leurs tirs. Voilà pourquoi nous disons que le Peuple Cokwe vit actuellement un « véritable kaïros, moment favorable de son histoire ».
Devant cette situation de faillite et de risque de marginalisation, le Peuple Cokwe semble loin de sonner le glas de sa propre destinée. Il paraît plutôt voir dans ce qui lui arrive(je voudrais dire sa marginalisation depuis la colonisation) une chance inouïe pour une remise en question de lui-même et une recherche de nouvelles voies pour la construction de son avenir. Quelque part dans les profondeurs de la vie cokwe, une question se pose : les malheurs actuels de la mégestion et de la léthargie de notre Peuple sont-ils unepunition ? Mais alors, qui nous punit ? N’est-ce pas nous-mêmes ? NANGE KUDITA SESEMBA ne disait-il pas que « l’ennemi du Cokwe est le Cokwe lui-même ». Ce symposium tenu à Tshikapa dont la signification serait « terre de bacokwe » est un lieu fertile d’où émergent des forces nouvelles pour bâtir une nouvelle manière d’être Cokwe ou de vivre le « UCOKWE », une nouvelle façon de penser et d’agir, une nouvelle capacité d’espérer et de croire
Un tel renouvellement de l’être, du penser et de l’agir cokwe ne peut évidemment pas s’opérer sans un certain nombre de remises en question fondamentales, portant d’une part sur les hommes, et d’autre part sur l’organisation institutionnelle cokwe. Tout le monde, ou presque, s’accorde actuellement à penser qu’il faut changer le fusil d’épaule, qu’il faut redynamiser l’organisation de la communauté. Or, on aspire à plus d’émergence et à plus de visibilité dans un monde marqué par la mondialisation. Il nous faut aujourd’hui une gestion axée sur les priorités du développement et de l’émergence du Peuple Cokwe dans son ensemble.
Mais rien ne changera si on se limite au seul renouveau institutionnel. Il faut aussi que les hommes changent, qu’ils cessent de penser et agir en hommes actuels. Le système d’où nous voulons aujourd’hui sortir a réduit le Peuple Cokwe à une misère non seulement socio-économique, mais aussi culturelle, morale et spirituelle. Il ne serait pas très exagéré de parler de la vulnérabilité morale et culturelle de notre peuple qui s’explique par le fait que depuis des années nous vivons dans une atmosphère culturelle polluée par la léthargie, l’usure du pouvoir, la crise et le renversement de l’échelle des valeurs. La vie socioculturelle est dominée par des antivaleurs : corruption, malhonnêteté, tricherie, mensonge, égoïsme, personnification et  confiscation du pouvoir, etc.
Dans ces conditions, une remise en question de nous-mêmes est plus qu’indispensable et nous sommes heureux de voir cet esprit se développer parmi nous. Sans vouloir viser des individus particuliers et quelconques, nous pensons que c’est cette remise en question qui nous paraît la plus nécessaire même si elle est la plus difficile. Beaucoup de Cokwe pensent, et on en parle partout, que le danger est réel de voir perdurer encore longtemps les maux et les comportements qu’on déplore aujourd’hui.
Nous avons bon espoir qu’une remise en question de nous-mêmes peut actuellement produire les effets de renouvellement moral escomptés, parce que s’affirment de plus en plus des énergies morales et culturelles que le discours de toutes les couches sociales cokwe représente aujourd’hui. Jamais les Cokwe dans leur ensemble ont tant parlé à l’unisson et cherché avec tant de ténacité à répondre aux défis socioculturels de l’émergence par des analyses précises, lucides et concrètes de la situation de notre Peuple.
Nous pensons de même. C’est pourquoi nous avons tenu à mettre en évidence cette vérité devenue presque banale dans le titre notre ouvrage: la mutation à l’émergence du Peuple Cokwe passe absolument par la remise en question de nous-mêmes et de notre organisation socioculturelle. Les énergies culturelles et morales sont certaines et garanties avec des hommes nouveaux. Toutefois, chacun d’entre nous a la responsabilité particulière, grande et belle, à assumer dans la mutation à l’émergence du Peuple Cokwe dans son ensemble et dans la formation des hommes et des femmes cokwe aux exigences d’une vie publique assainie et aux exigences globales de modernité.
Le mal dont souffre le Peuple cokwe a duré trop longtemps et s’est enraciné très profondément. Il serait naïf de nous imaginer le déraciner à peu de frais. Il y a un prix – et un prix qui peut être très élevé – à payer pour l’édification d’une nouvelle histoire de notre Peuple et, ipso facto, pour sa mutation à l’émergence. Nous n’avons aucunement le droit de nous résigner à croire que toutes ces souffrances, ces larmes et le sang versés par nos frères et sœurs soient inutiles : nous devons nous engager et nous sensibiliser pour qu’ils fécondent un avenir plus émergent et plus fraternel.
Je vous souhaite d’être audacieux, parce qu’après tout, il n’est pas de gloire sans courage ni prise de risques.
Et quoi que vous fassiez par la suite, souvenez-vous des mois passés au sein des services des universités, et demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre communauté, car sa grandeur dépend de l’engagement de chacun d’entre nous.
C’est sur cette note d’espoir que je vais devoir remettre la parole au modérateur de ce jour.
Je vous remercie

 

 Rounded Rectangle: AUX ORIGINES DE LA CHEFFERIE TSHOKWE DE MWATSHISENGE / SAMUTOMA DANS LE DISTRICT DE LA LULUA                Par :  EDOUARD N’DUA SOLOL KANAMPUMB                                          Professeur Ordinaire à l’Université de Lubumbashi  (Texte présenté au Forum de Kolwezi sur le Développement du Lualaba, du 28 au 30 mai 2015)


Parler de la chefferie cokwe de Mwatshisenge/Samutoma revient à évoquer non seulement la figure précurseur de cette entité administrative coutumière mais aussi et surtout le passé mouvementé du peuple tshokwe à la veille de la colonisation belge.

Notre propos s’articule autour de trois points suivants :

  • les Tshokwe avant l’occupation européenne : un état de la question.
  • la restructuration administrative de la région par l’application des textes juridiques relatifs à l’organisation administrative du Congo.
  • Samazembe et l’érection de la chefferie Mwatshisenge de Sandoa.

 

Nous terminerons par une conclusion qui reprendra les relations entre Samazembe et l’administration coloniale locale.

  • Les Tshokwe avant l’occupation de l’espace tshokwe-lunda par les européens : état de la question.

 

Esquisser l’histoire de cette période, nous renvoie à nous poser cette épineuse question : Qui sont les Tshokwe ? Autrement dit : parler de leur origine, de leur mouvement migratoire et de l’occupation de l’espace.
                         
En ce qui concerne l’origine, celle-ci reste controversée. Deux thèses s’affrontent. Celle d’un foyer autonome située dans l’actuel territoire angolais et que le patriarche MUHUNGA Ambroise appelle SAMBAKALWA (1) mais en faisant allusion à l’Ethiopie, les itinéraires semblent difficiles à concilier avec ce foyer.(2).

L’autre thèse fait dériver les Tshokwe des Aruund ou mieux les deux groupes ethniques ont une souche commune et descendent des ancêtres communs : « Tumba et Tembo »(3).

Laquelle est plausible ? Avant de se prononcer, notons que les versions sur l’origine sont des récits souvent tendancieux à caractère polémique et souvent intellectuellement élaborées suivant l’humeur du moment. En plus, faut-il souligner le fait qu’un bon nombre des auteurs et informateurs confondent l’origine politique et l’origine de la population. Cette dernière se réduit à partir des études linguistiques et anthropologiques et se situent au niveau des hypothèses. L’origine politique, quant à elle, se réfère à la nature et à la forme du pouvoir et concerne plus l’aristocratie locale, les tenants du pouvoir, qui souvent peut être un groupe dont l’arrivée dans la région est postérieure à la population sur lequel s’exerce leur autorité. Cette dernière s’approprie cette nouvelle origine.
Pour revenir à notre sujet, quelque soit la version choisie, on constate qu’à un moment de l’histoire ces deux communautés ont cohabité dans la vallée de Nkalanyi qui vit l’émergence d’un Etat, dénommé « Etat de Maandam ».

L’Etat de Maandam organisé en une confédération dont parmi les dirigeants, on note un certain Yal a Mwaku, Nkonde, Mwandumba et Mwakanika, Ruwej ou Luweji II, Mahuma, etc.  La majorité des versions soulignent que les identités actuelles : tshokwe, lunda/aruund, minungu, ndembo apparurent après les bouleversements institutionnels dans la région de Nkalanyi du temps de Ruwej(4).
                         
En ce qui concerne les mouvements migratoires à parti de différents foyers (Sabakwalwa, Kata a Ngoni, Nkalanyi) pour des raisons diverses, notamment : explosion démographique, encombrement des populations, insalubrité du milieu, la recherche de bonnes conditions d’habitat (bonnes terres) et surtout les conflits politiques, ces éléments poussèrent les leaders de certaines communautés à quitter le berceau de Nkalanyi, en prenant diverses directions. Ils se constituèrent des entités politiques distinctes et autonomes dans les nouvelles contrées tout en sauvegardant les liens de sanguinité favorisés par les mouvements continuels de va et viens entre Musumba, l’Angola et Kwango. Notons enfin qu’avant cette séparation, les habitants et les émigrés de Nkalanyi étaient connus sous le vocable de « Bungu »(Dias de Carvalho).
                         
En ce qui concerne les Cokwe, le prince Lambert Kandal reprenant le récit de deux  Pombeiros, dit que c’est vers la fin du 18e siècle qu’on localise et qu’on parle des peuples tshokwe et son emplacement aux sources du Kwango et du Kasai (5) par où passait la route commerciale appelée la route du lunda qui reliait la région lunda (Musumba) à la zone économique luso-africaine et animée entre autres par les Imbangala, Songo, Luena, Ambwela et Ovimbundu.

C’est donc l’activité commerciale qui a fait révéler le dynamisme tshokwe. En effet, l’insertion de la région dans les confins du monde atlantique date de la période de la traite des esclaves, à laquelle les Tshokwe n’ont joué qu’un rôle seondaire par rapport aux Ovimbundu, Imbangala et Songo. Les Tshokwe se montreront très entreprenants lors de la suppression de ce commerce dit honteux ou commerce du « bois d’ébene» et son remplacement vers 1830 par le commerce dit honnête. Les principaux articles de ce nouveau courant commercial étaient l’ivoire, le caoutchouc et la cire. Les Ovimbundu,  Imbangala et Songo ont apportés les fusils et initié les Cokwe, le maniement des fusils et les Ambwela et les Minungu non seulement dans la réparation mais aussi dans la fabrication de ces armes. La possession des fusils donna aux Tshokwe une supériorité sur les autres peuples armés seulement des flèches et autres armes blanches en fer.

La recherche des éléphants et plus tard du caoutchouc obligèrent les Tshokwe à de fréquents déplacements qui les aménèrent en pays luba, lunda, lulua, kuba dans le deuxième moitié du 19e siècle. C’est surtout en pays dit lunda et lulua où les trafiquants changèrent le destin de ces régions : en zone lunda : ce qu’on appelle guerre lunda-cokwe et en zone luluwa. L’avènement de la dynastie de Kalemba : « wata wa watshokwe ».

Ainsi pour pouvoir se maintenir dans le nouveau circuit commercial Mwant Yav Nawej Ditend (± 1821-1853) fit appel aux chasseurs tshokwe vers les années 1840-1841, car réputés excellents chasseurs.

Comme le rapporte Dias de Carvalho, lors de l’arrivée de l’ambassade lunda de 1840-1841 chez le chef tshokwe Andumba Tembo établi au sud de Mungo, à la rivière Kwanza, ce dernier manifesta le désir de voir se renouer les relations de parenté entre les Tshokwe et les Aruund. C’est ainsi qu’il mit à la tête des chasseurs réclamés par Mwant Yav Nawej II, le vieux Xa Maqueca Angombe, qui avait préconisé bien avant le retour des Tshokwe sur les terres lunda, parce que disait-il, ces terres appartenaient aussi aux Tshokwe. Andumba Tembo envoya son neveau Quisenge s’établir avec son peuple sur les terres de Mwant Yav au sud de Cabango. Le Mwant Yav Nawej II approuva l’initiative et dépêcha aussi Chimbund comme Sanam. Ce dernier s’établit à la rivière Chikapa. Le même auteur souligne qu’avant l’arrivée de Kisenge, de nombreux Tshokwe s’étaient déjà établis dans la région de Dilolo et Sandoa sous prétexte de fuir les cruautés de leurs chefs. C’est ainsi que l’arrivée de Kisenge provoqua des remous de la part des chefs lunda de la région (6).

Mwant Yav Nawej II modifia la composition des tribus : au lieu de se limiter aux grands produits traditionnels (sel, cuivre, esclaves, etc) les tributs comprirent désormais l’ivoire, les étoffes, les missanga, etc.). Ceci obligea l’aristocratie locale à prendre à leur service des chasseurs tshokwe. C’est alors que ces derniers s’établirent dans la région en érigeant leurs agglomérations sur les terres des Ant a ngand. Ils ne tardèrent pas à s’attirer l’admiration des populations locales au détriment de l’oligarchie locale.
                         
Cette période de cohabitation pacifique sera renforcée par l’arrivée dans la région de Dilolo du Sanam Muteb a Kat surnommé Mbumba(7) qui, au moment de ses démêlées avec le pouvoir de Musumb du temps de Mwant Yav Mulaj (1853-       ) détacha la région de l’influence du pouvoir du Mwant Yav et asphyxia économiquement Musumb par le blocage de tous les itinéraires menant à Musumba.

Pour dénouer la crise le conseil lunda, chitentam fit éliminer. Mwant Yav Mulaj et Muteb à Kat Mbumba fut élu et devint Mwant Yav Muteb a Kat Mbumba. Ce dernier qui représente l’aile libéral dans la pratique commerciale lunda renforça la collaboration avec l’élite  commerciale tshokwe au point où, lors de son assassinat les guerriers tshokwe s’en prirent à l’oligarchie lunda qui se refugia dans les zones voisines et les Tshokwe restèrent maîtres de l’espace lunda sans pour autant l’organiser politiquement. C’est sur ces entrefaites que vers 1897 arrivèrent dans la région les expéditions de l’Etat Indépendant du Congo (EIC) qui poursuivaient les mutins de Luluabourg et les traitants esclavagistes auxquels furent assimilés les Tshokwe probablement pour leur aide aux mutins de Luluabourg repliés dans la région de Kafakumba.
                         
Après avoir occupé militairement la région par la création des postes de Dilolo, Kapanga (8), on procéda à l’occupation administrative du pays.

                  Début de Samazembe dans le district de la lulua et la création de la chefferie tshokwe dans le territoire de Sandoa.

La période post conflit (lunda – tshokwe) se caractérise non seulement par la désolation mais surtout l’insécurité favorisée par l’absence de chefs dont le pouvoir a été rodé par l’action des éléments guerriers comme l’a si bien dit J.L. Vellut : « la version tshokwe de la société fondée sur l’émiettement de l’autorité sur l’accès de chacun aux biens de prestige anciennement réservés aux oligarchies politiques et sur la production non plus pour s’acquitter des tributs (ceux-ci disparaissent ou n’ont plus qu’une valeur symbolique) mais pour commercer avec la zone luso-africaine »(9).
                         
C’est ce climat que les nouveaux venus trouvèrent la région, c’est aussi dans ce climat que les nouvelles autorités vont tenter, après avoir imposé la pax belgica en endiguant les querelles tribales, d’organiser le territoire en appliquant des textes juridiques relatifs à l’organisation administrative et politique.
                         
Pour mémoire, l’arrêté du 28 mars 1912 fixa 22 districts de la colonie et créa, celui de la lulua par la réunion de 2 parties situées de part et d’autres du méridien 23°54’. C’est le premier noyau de l’actuel district du Lualaba, appelé à devenir province.

L’arrêté du 29 mars 1912, constitua la province du Katanga comprenant quatre districts : Lomami, Tanganika, Lulua et Haut-Luapula. L’ordonnance du 26 juin 1912, fixa Dilolo comme chef-lieu du District de la Lulua. L’ordonnance du 11 décembre 1912 transféra le chef-lieu à Kafakumba. L’ordonnance du 22 janvier 1915 plaça définitivement le chef-lieu du district de la Lulua à Sandoa.
Sur le plan de l’organisation coutumière, trois décrets ont été promulgués : celui de 1916 et celui de 1910 et 1933. Le dernier se situe en dehors de notre sujet.
                         
La première application du décret de mai 1910 sur les chefferies et sous-chefferies remonte en 1913 souleva trois problèmes : à savoir le problème lunda-tshokwe, le problème lunda-luena et la question du groupement kete.
Le principe convenu était l’autonomie politique des groupes ethniques. Ceci impliqua la recherche des chefs traditionnels. En ce qui concerne les Tshokwe, cette recherche s’avéra vaine. C’est ainsi qu’en 1915, une deuxième orientation fut envisagée : celle d’assujettir les Tshokwe et les Luena au pouvoir central lunda, attendez au pouvoir de Mwant Yav donc une seule chefferie qui comprendrait 23 sous-chefferies lunda auxquelles s’ajouteraient des sous-chefferies tshokwe et luena. C’est dans ce même cadre,  qu’il fut demandé à Mwant Yav Muteb a Kasang de désigner et d’envoyer dans les territoires de Sandoa et Dilolo des Ayikez (envoyés et représentants du pouvoir de Musumb). Cette orientation fut mal accueilli non seulement par les Tshokwe et Luena, mais aussi par les Ant a ngand (chefs de terre lunda) lésés dans leur droit par la présence des envoyés de Musumb. Une opposition systématique se manifesta dans la région et qui, d’après le rapport de l’époque, eut des conséquences fâcheuses sur l’économie de la région.
                         
Les années 1920 constituent une période fort mouvementée dans le district de la Lulua : celle de la réorganisation politique des entités indigènes coutumières.
                         
Cette situation poussa l’administration à revoir sa politique et dès 1920, un mouvement en faveur de l’autonomie des Tshokwe et Luena se dessina. En 1922, le commissaire de district envoya des instructions à tous les administrateurs du district de la Lulua concernant des problèmes soulevés par l’application du décret de mai 1910 et qui stipulait clairement l’autonomie politique de deux ethnies concernées : tshokwe et luena. Pour ces derniers, l’attitude du chef luena Katende aux tentatives de ravaler son entité à une sous-chefferie amena l’administration à changer d’avis en lui reconnaissant son autonomie en 1926.
                         
Voici les instructions en ce qui concerne les Tshokwe :

  • Les Tshokwe forment une population distincte qui en tout cas ne reconnaissaient pas Mwata Yamvo comme chef.
  • Les Tshokwe sont unanimes à reconnaître qu’ils occupent des terres lunda.
  • Les Lunda et les Tshokwe conservent le souvenir de leurs victoires mais aussi de leurs défaites.
  • Les Tshokwe, en plusieurs endroits constituent la majorité de la populaiton, il faut qu’ils puissent évoluer dans leurs traditions.(10)

 

Concrétement sur terrain, on approfondit les enquêtes historiques et généalogiques qui permirent de découvrir les « chefs » tshokwe à placer à la tête des chefferies projetées. C’est ainsi qu’il se tint en septembre 1923 à Musumb la convention dite de Musumba pour la cession des terres qu’on accorderait aux Cokwe moyennant une redevance foncière annuelle de 0,20 fr. Cette convention fut suivie de l’accord de Kafakumba en novembre 1923 au terme duquel les « chefs » tshokwe acceptent les stipulations de la convention de Musumba. C’est ainsi qu’on lit dans le rapport du premier semestre : « la question de délimitation des terres cédées par le Mwata Yamvo aux Tutshiokwe des trois territoires (Sandoa, Dilolo, Kafakumba) a été terminée ».

Au second semestre de la même année eut lieu une sorte de plébiscite pour sancitonner le choix des candidats chefs tshokwe. En 1925, trois chefferies tshokwe furent délimitées et de 1924 à 1926 eu lieu l’investiture gouvernementale des chefs tshokwe : Mwatshisenge : Samazembbe, Sakundundu : Kabuma et Mwatshisenge : Sayenge (Dilolo).
                         
Cette nouvelle orientation ne résolut pas tous problèmes car elle en créa d’autres, plus complexes. En effet, la ligne de conduite adoptée en 1922 dans son application l’abandon par les habitants lunda et tshokwe de leurs anciennes terres et par conséquent de leurs cultures d’où mécontentement, résistance passive aux ordres de l’autorité et même des conflits entre villages, bref un malaise général et latent.

Enfin, la question de redevance foncière de par sa période a pris aux yeux des Tshokwe le caractère d’un tribut politique. Pour contourner cette difficulté, on dû déterminer un certain nombre d’annuités, au bout desquelles la dépendance même foncière des Tshokwe vis-à-vis de Uluunda sera considérée comme révolue.
                         
Après quelques années de tâtonnement, la population tshokwe fut organisée en chefferie sur les bases du décret en vigueur. Il y avait trois groupes tshokwe indépendants : un groupe situé à l’ouest de la Lulua, un petit groupe entre Kajileji et la haute Pukweji et un troisième près de Kafakumba.
                         
Notons que parallèlement à une stabilisation observée sur le plan politique, il s’opérait pendant ce temps de nombreux immigrants venant de l’Angola et grossissaient les rangs tshokwe. Ce mouvement ne se ralentit d’une façon sérieuse que vers 1926-1927. Remarquons que ce qui d’aucuns appellent « invasion tshokwe » a eu lieu sans un plan préétabli, sans unité d’action sauf, pour certaines opérations militaires où la nécessité absolue d’un chef amena les familles tshokwe à reconnaître pour la durée de l’opération en cours, l’autorité du mieux qualifié d’entre eux. La pacification faite, ces familles reprennent leur indépendance et jamais le chef d’aucune d’entre elles n’en a qualité pour les représenter devant l’autorité administrative ou coutumière extérieure.
                         
Pour la région tshokwe située à l’ouest de la Lulua, c’est dans la famille Mwa Tshisenge que fut choisi le chef parmi ses membres résidant au Congo belge, en la personne de Samazembe   . Son territoire fut limité selon la convention passé avec Mwant Yav Kaumb (cf convention de Musumb limites actuelles de la chefferie Mwathisenge).
                         
Nous nous reférons pour la suite aux rensegnements tirés dans le dossier Mwa-Tshisenge/Samutoma conservé aux archives de Sandoa au bureau du territoire (11).
                         
Qui est Samazeme ? D’après les informations fournies par Mwant Yav Kaumba, le chef tshokwe Sakundundu et le planton Muteba, tshokwe.
                         
Samazembe est venu de l’Angola depuis 1911 du temps du Commissaire de District Gosme. Il serait le dissident du clan Lutongo, considéré comme le grand chef tshokwe établie en Angola entre la rivière Tshikapa et la rivière Luatshimo. Samazembe, dit-on, aurait eu les démêlées avec le chef Lutongo ou son successeur Sakaloio et également l’administration coloniale portugaise, qui établit son village à Itengo.

Samazembe est le fils de Namalonga, sœur de Lutongo. A son arrivée au Congo belge, il aurait rendu visite au chef Mwant Yav Muteb a Kasang. Un pacte d’amitié et de fraternité fut scellé,  mais les relations ne tardèrent pas à se gâter à la suite d’une affaire provoquée par Samazembe qui s’empara des gens d’un petit village tshokwe établi près de Sandoa : Mukuia. Le village fut complètement pillé et les malheureux habitants vinrent implorer le secours du commissaire de district et du Mwant Yav.
                         
Samazembe, lit-on, provoqua de nombreux incidents relatifs à la question de préséance en s’asseyant  sur une chaise devant Mwant Yav. Il multiplia tellement des incidents, des exactions que finalement pour sa sécurité, il dut rentrer en Angola. Il y resta quelques mois. Ayant appris la mort de Mwant Yav Muteb a Kasang, il revint au Congo belge (le district de la Lulua) et s’établit au village Katwana où la population locale tshokwe en fit son chef.
                         
Lors de la recherche des chefs traditionnels tshokwe, Samazembe candidat-choc, se montra intransigeant lors de la première orientation. Ses intrigues firent échouer toutes les tentatives de faire dépendre les Tshokwe du pouvoir du Musumb. Il fut aussi un fin diplomate qui sut chaque fois tirer son épingle du jeu. En effet, dans les années 1920, son attitude amena les autorités de la colonie à revoir chaque fois leurs positions, à les amener à garder une politique d’équilibre entre Tshokwe et Aruund de Mwant Yav.
                         
C’est ainsi qu’en 1925, fut organisée le referendum pour élire les chefs tshokwe comme l’avait souhaité le Commissaire de district Van den Byvang :

    « Ceci dit, je pense que les efforts que nous tenterons encore pour investir coutumièrement Tshisenge se heurteront toujours contre la liberté du choix du chef que les notables se réservent jalousement. En insistant encore, nous provoquerions des mises en scènes montées dans le seul but de nous tromper et puisque telles sont les circonstances, convoquons tous les chefs des villages et obligeons les à fixer leur choix ».
   
Ainsi furent convoqués les notables de la chefferie qui portèrent leur choix sur Samazembe, qui désormais s’appela « Mwatshisenge Samazembe ». Son règne ne dura que six ans. Il se conduisit en égal de Mwant Yav. A sa mort, le 10 mars 1931, les autorités coloniales furent tentés de faire revenir le chef Lutongo de l’Angola que les autorités locales considéraient qu’il avait de sérieux droits à faire valoir.

A.T. Devers écrit à ce propos :

                       «  Pour le clan Tshisenge, l’arrivée de Lutongo ramenerait chez nous l’aîné  du clan, le porteur du titre, le chef de la famille dont feu Sajuzi, Samutoma et Sapindji représentent des branches cadettes. Les avantages d’avoir enfin un chef tshiokwe coutumier et coutumièrement investi ne doivent pas être exposés. L’histoire de notre politique tshiokwe dans le district de la Lulua depuis une quinzaine d’années se résume à la recherche du chef légitime »(12).

Le même auteur signala une année auparavant en 1933 la visite de Mwa Tshisenge Lutongo à Sandoa.

       
« Mwa Tshisenge Lutongo, chef tshokwe de l’Angola se trouve en territoire belge depuis le mois de septembre. (…) Maintenant je viens moi-même au Congo belge me faire reconnaître par les Tshiokwe comme leur grand chef. Personne ne pourra me contester cette qualité : j’ai été investi et je possède le lukano des Tshisenge. Je ne désire plus rentrer en Angola où les Blancs sont mauvais et n’ont aucune considération pour les chefs, et je désire m’installer à demeurer au Congo belge parmi mes enfants. (…) Plusieurs notables tshiokwe et le Mwant Yav lui-même ont raconnu Lutongo comme le grand chef Mwa Tshisenge. (…) Le Mwanta Yamvo consulté se montre résolument hostile à l’installation de Lutongo au Congo belge. (…) S’il se confirme que Lutongo est le grand chef des Tshiokwe, cette acquisition serait à divers titres précieuse pour nous. Elle nous permettrait la création d’une seule chefferie dans le territoire de Sandoa et de Malonga à l’instance (sic) de la chefferie Aluunda. Elle mettrait aussi définitivement fin aux querelles de préséance des notables tshiokwe installés chez-nous et enfin il est à espérer qu’elle provoquerait une forte immigration de population de l’Angola ».

Les avis de l’administration R. Devers ne furent pas retenus et le chef Mwatshisenge Lutongo quitta Sandoa le 27 octobre 1933 et fut renvoyé du territoire du Congo belge pour faute de papiers et reconduit à la frontière à Dilolo.
                         
Relevons qu’auparavant, l’administration de Sandoa, Mr J.G. Galand avait présidé l’assemblée des notables de la chefferie de Mwatshisenge tenue à Sandoa, le 14 avril 1931 en vue de l’élection du successeur du chef tshokwe Mwatshisenge Samuzemba décédé le 10 mars 1931.
                         
Deux candidats :

  • SAPINDJI LUKASA, frère cadet du chef défunt et chef actuel du groupe tshokwe de la Kajileji (groupe dépenda de la chefferie Mwatshisenge).
  • SAZUZI : fils d’une sœur ainée du chef décedée et swana mulopwe de ce dernier.

Résultat : l’unanimité de 83 votant des groupes Tshisenge et Samutoma portent leur suffrage sur Sazuzi. Les 13 notables du groupe Sapindji émettent un vote en faveur de leur chef direct SAPINDJI LUKASA.
                           
D’après l’A.T. Galand qui commente ce vote, avance les raisons suivantes :

      « .En tant que Swana mulopwe de Mwatshisenge Samazembe, quelques jours avant la mort de Samazembe, il a été désigné par ce dernier pour lui succéder ; il en a reçu directement les attributs du pouvoir : la peau de Chila et els anneaux SAMBO.
      En droit coutumier, régime matriarcat, c’est le frère du défunt qui doit prendre le pouvoir ou à son défaut le fils aîné de la sœur aînée de celui-ci mais une condition essentielle doit être réalisée : il faut que le prétendant soit agrée par le conseil des notables.
      Au point de vue administratif : la candidature de Sapindji ne pouvait être prise en sérieuse considération. Ce notable est déjà vieux et n’a jamais rendu de services signalés à l’autorité européenne. Au contraire son indifférence en cette matière résulte clairement des dossiers en notre possession »(14).

Conclusion
                         
Samazembe entretint des relations houleuses avec l’administration coloniale comme en témoignent les rapports administratifs ci-dessous.
                         
Les discordes qui semblent avoir régné au cours de ces dernières années entre Tshokwe et les Lunda est absolument apparente. Elle fut provoquée artificiellement par les chefs investis actuellement qui en ont fait le tremplin de leur politique dont ils ont tiré tout leur prestige. Le principal agitateur est sans contredit Samazembe, personnage peu intéressant comme le prouvent tous les renseignements que nous possédons à son sujet.

Pour rétablir enfin les bonnes relations entre Lunda et Tshokwe et permettre à l’administration de s’occuper de l’évolution de ces deux tribus sœurs dans la paix et le calme : il est indispensable de démasquer Samazembe.
                         
Dans le rapport politique du 1er semestre 1929, nous lisons :         « homme autoritaire et égoïste, commande son peuple suivant ses propres intérêts. (…) adversaire déclaré des Blancs, n’a jusque maintenant agi qu’en contrecarrant notre plan politique ».(15)

Dans un autre rapport datant de 1926, on peut lire :

    « …en général, les chefs lunda se montrent bien disposés à servir l’autorité européenne. Il en est de même pour Samutoma, qui tout en n’étant pas médaillé assume à lui seul presque toutes les corvées imposées aux Tutshokwe. Par contre Mwa Tshisenge est une nullité encombrante et particulièrement gênante pour la prise en main des Tshokwe. Brutal, rapace et de mauvaise foi, il se fait de plus en plus haï de son peuple.
                                            
En 1926, les services de Mwa Tshisenge se résument à la fourniture d’une vingtaine de paniers de farine et 5 kg d’arachides ; au 30 juin, il n’est pas encore parvenu à fournir une recrue à la Force Publique, non plus de travailleurs pour les travaux publics d’Elisabethville ; Samutoma est arrivé à donner quarante hommes.
   
    En 1927, Mwa Tshisenge a refusé de livrer des émigrés installés sur sa terre et réclamés par l’A.P. ; n’a pas fourni des porteurs qui lui étaient demandés.
   
    En 1928 : … c’est somme toute, un personnage encombrant et inutile que comme ses sujets, nous le gardons que pour ne pas froisser la tradition ».

L’auteur de ces rapports en arrive à la réflexion suivante : « Le respect de la coutume qui a présidé à cette organisation a fait investir comme chef des indigènes n’ayant aucune notion de leurs obligations envers l’administration, qui par ce faire ne rendent actuellement aucun autre service que celui de maintenir l’organisation coutumière de leur groupement. C’est le cas du chef tshiokwe Mwa Tshisenge, qui non seulement s’abstient de se conformer à ses obligations contractuelles mais cherche de toutes les façons à créer des difficultés à ses voisins, et par contre à l’administration générale.
         Ces extraits sont suffisamment éloquents et montrent que nous avons affaire à un vieux chef indigène absolument stupide et entêté tirant toute son autorité d’une certaine brutalité que nous n’en rencontrons nulle part ailleurs. Depuis son arrivée dans le district, il n’a cessé de nargué l’autorité européenne et semble  tirer vanité de sa résistance passive qu’il oppose aux ordres émanant des représentants de cette autorité lorsqu’en 1928 furent organisées les réunions des chefs et notables et conseils de territoire, Mwa Tshisenge crut pouvoir se distinguer aux yeux de ses sujets, en refusant systématiquement d’assister à ces réunions sous le seul prétexte qu’il s’y trouvait en présence de sous-chefs de race lunda. (…) Cependant, à la suite d’une intervention énergique de ma part, au cours de laquelle le chef tshokwe fut menacé de la destitution, on le vit modifier brusquement son attitude et venait assister le plus naturellement du monde, comme son frère (SAKUNDUNDU) aux délibérations du conseil  et y prendre part. (…)
A l’occasion des fêtes du centenaire organisées à Sandoa auxquelles assistèrent le Mwata Yamvo, sa cour et de nombreux chefs investis, Mwa Tshisenge provoqua un incident pour marquer son intention de jouir de la même préséance que le Mwata Yamvo. (…) Ces incidents montrent que Mwa Tshisenge pratique à notre égard une politique de chantage et de bluff.
                         
Enfin dans son rapport de route, l’A.T. Tricot, en date du 16 septembre 1930 écrit : « Il est profondément triste de voir la façon dont ce chef médaillé travaille chez lui. Réfractaire à toute idée nouvelle, ce vieux Tshiokwe ne vit que pour la chasse. A mon arrivée, il était au Kasai pour y brûler la brousse alors que son village était d’une saleté repoussante. (…)

Et le commissaire de district de conclure

  • Que le chef SAMAZEMBE est réellement imperméable à tout progrès.
  • Qu’il n’a cessé de faire preuve d’une indifférence intolérable à l’égard de notre administration.
  • Qu’il est incapable d’exercer convenablement les fonctions de chef investi.(16).

                         
On peut se demander, au vu de l’appréciation négative de l’administration locale à l’égard du chef Mwatshisenge Samazembe, ce dernier ne fut pas l’objet d’une mesure administrative, et aussi pourquoi il ne fut pas tenté de rentrer en Angola ! A ces deux questions, les autorités administratives locales ne justifient en ces termes :

    « La situation de la chefferie qu’il dirige est délicate du fait qu’elle est composée en grande partie d’immigrants angolais, que cette immigration continue du fait que la famille Tshisenge est à la tête de la chefferie et enfin qu’il est à craindre, étant donné le caractère semi-nomade de la tribu tshokwe qu’une nouvelle migration ne soit le résultat d’une mesure politique contre Tshisenge. Ces trois raisons m’ont poussé, en même temps que d’autres considérations (âge du chef, stade d’organisation du groupement) à ne pas proposer sa relégation et sa révocation ».

En ce qui concerne l’éventualité de retour de Samazembe en Angola :    
                         
« Le retour de Samazembe en Angola, d’après les gens de son entourage même est impossible pour deux raisons péremptoires :

  • Le chef serait immédiatement appréhendé par les autorités portugaises avec qui il eut des démêlées naguère.
  • Il serait repoussé par les groupements tshiokwe établis en Angola et vivant sous la direction des chefs admis par l’autorité angolaise.

 

… Il est à remarquer d’ailleurs que les groupements qu’ils représentent sont purement artificiels et non coutumiers, étant composés des clans de diverses origines que nous avons groupés en chefferies non sans peine, et placés sous la direction de notables venus récemment de l’Angola, souvent étrangers vis-à-vis des populations au milieu desquelles ils venaient se fixer.(17)

Cette étude confirme la thèse selon laquelle la politique indigène bien qu’en principe uniforme à l’ensemble de la colonie, a changé dans son application suivant les circonstances locales de chaque région, lesquelles circonstances tiennent au passé des groupes ethniques.

Comme l’on mit en exergue certaines réflexions, le vocable tshokwe est plus un concept culturel et moins ethnique. Elle évoque une version particulière de la pratique commerciale, une version différente de la conception oligarchique, monopoliste des aristocraties de l’époque opposée à une version qui garantie un libre accès aux grands produits d’exportation. La figure de Samazembe, dans le contexte décrit ci-dessus, est celui non seulement d’un opposant mais surtout d’un libérateur, de l’ancien guerrier au politicien avisé. Samazembe est l’un des précurseurs de l’empire commercial instauré par les élites commerciales de l’époque au détriment de l’empire politique en agonie.

Je vous remercie.

Notes

  • MUHUNGA, A., La grande nation des Tshokwe et sa dynastie, sl (1963 ?), p.MS.(photocopie).

SAKABALWA correspondrait à « Quiboco » p.3, Miller, Cokwe expension.

  • MUHUNGA,A., op.cit., Ms.
  • Pour les Aruund, Tembo et Tumba sont les enfants de Nakabamb.

Cf versions orales tshokwe et lunda recoltées à Kapanga, Sandoa et au village Samutoma.

  • KANDALA TSHIYAZE, L., Qui sont les Tshokwe ? Bxl, 2013, p.20.
  • Vellut S.L., Notes sur le Lunda et la zone luso-africaine (1700-1900) in EHA  III(19   ).
  • Les réticences des chefs  lunda locaux : exterminant du gibier par les Tshokwe et l’attirance que les chasseurs exerçaient auprès des femmes lunda. Voir  Dias de Carvalho, Lubuku, Lisbonne, 1889.
  • Vellut, art. cit, (Ms).
  • NDUA SOLOL, K., « Mwant Yav Mushid (c.1856-1907) in E.H.A. V(1973).
  • Vellut, S.L., art. cit., p.
  • NDUA E., L’installation des Tutshokwe dans l’empire lunda 1850-1903, Mémoire de licence.
  • Cf. les versions récoltées dans l’aire Lunda-Tshokwe.
  • Voir Dossier Mwatshisenge/Samutoma.
  • ARS
  • Idem
  • Idem
  • Idem

 

 

 

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La date du 28-juin-2014 a marqué le premier anniversaire de la Mutuelle Tshokwe.
Dans une ambiance très festive au stade municipal de Masina, la soirée ayant connu la participation de plusieurs personnalités de la ville et d'ailleurs a été musicalement agrémentée par notre artiste Sandra Fulikenu venue d'Angola. Joie immense, chants et danses ont été au rendez-vous.

Premier anniversaire de la Mutuelle

Contact

Ce site est ouvert à tous ce qui aime la culture Tshokwe. Si vous souhaitez en apprendre plus sur nous ou voulez en savoir plus sur les tshokwe, n'hésitez pas à nous contacter. Nous serons heureux de répondre à vos questions.

About us

La plupart des Tshokwe connaissent mal leur histoire. Ce qui explique leur sous-représentation politique actuelle au regard de leur haute technicité et de leur poids démographique, notamment en République Démocratique du Congo d'une part et l'absence criante de la visibilité culturelle, d'autre part.

C'est ce triste et malheureux constat qui nous a amené à poser la question suivante: Qui sont les Tshokwe?

Pour y répondre, nous avons pris l'initiative de créer le site http://www.mutambi.org/.

Pourquoi Mutambi?

Mutambi qui signifie annonce ou appel public est un espace de rencontre intellectuelle et de dialogue pour tous les Tshokwe, leurs amis et sympathisants disséminés à travers le Monde, non seulement pour mieux se connaitre et partager leur savoir faire et leurs expériences, mais aussi et surtout pour approfondir les connaissances sur les origines du Peuple Tshokwe afin de mieux apprécier sa culture si riche. Ainsi, ces échanges susciteront des émotions et approfondissements positifs qui contribueront à sa résilience.

Nous espérons que ce site apportera énormément d'éléments de réponses à toutes les questions que vous vous posez.

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